Retrouvez des témoignages d’anciens stagiaires qui ont été en formation intensive de six ou neuf mois au sein de nos centres de formation.
Fulub robert-dantec : « cette formation a été pour moi la chance de formaliser l’apprentissage du breton et de « mettre en ordre » tout ce que j’avais retenu depuis mon enfance »
Pouvez-vous vous présenter ?
J’ai 61 ans et j’habite Brasparts, un village du contrefort des Monts d’Arrée. Je suis enseignant en lycée agricole en Éducation Socioculturelle.
Pourquoi avez-vous choisi d’apprendre le breton ?
D’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours été en contact avec la culture bretonne. Enfant, tout le monde parlait breton à Brasparts, dans la rue et les commerces, cependant mes parents n’étaient pas bretonnants ou du moins pas totalement. J’ai fréquenté tout jeune les festoù-noz, en tant que danseur puis en tant que sonneur de couple ou dans des groupes ou des cercles. Après un AVC j’ai du interrompre mes activités d’enseignant. J’ai cependant eu la chance de bénéficier d’une formation de 9 mois auprès de l’organisme Roudour, grâce à la capitalisation de mes crédits formation (CPF).
Quelle formation Roudour avez-vous suivie et quels en sont les avantages ?
J’ai suivi la formation de 6 mois puis le perfectionnement de 3 mois. Les problèmes cognitifs liés à mon AVC ne m’ont pas posé problème. J’ai prévenu le formateur référent handicap qui m’a proposé rapidement la mise en œuvre d’adaptations (tiers-temps, formation fractionnée, …). Les formateurs qui ont animé les formations étaient également à l’écoute de ces problèmes.
Je tiens à souligner que la pédagogie mise en œuvre est véritablement de qualité. Les mots s’imposent à vous et vous les retenez sans les apprendre (ce qui était mon inquiétude). De nombreuses activités comme des jeux de rôles, du chant (merci Monna !), des balades dans la campagne, des rencontres d’anciens, des journées partagées avec les apprenants des autres centres Roudour, permettent l’acquisition de savoirs, savoirs-faire et savoirs-être, malgré nous. Cette formation a été pour moi la chance de formaliser l’apprentissage du breton et de « mettre en ordre » tout ce que j’avais retenu depuis mon enfance (tournures de phrases, vocabulaire, bretonnismes) au service de la promotion et de l’animation de la langue et de la culture bretonne dans des activités associatives et en tant qu’élu sur mon territoire.
Est-ce que l’apprentissage du breton vous a changé la vie ?
Oui, je peux effectivement dire cela. À la question « Toi, tu dois parler breton, non? » je peux enfin répondre que cela va mieux et que « ne vin ket gwerzhet » (je ne serai pas vendu, expression consacrée). Je comprends les anciens, et les anciens me comprennent. Écouter la radio ne me pose pas de problème et je saisis le sens général des propos. La lecture de périodiques ne me rebute pas et j’appréhende beaucoup mieux ce qui fait l’essence de la culture bretonne (chansons, gwerzioù, toponymie, non-dits implicites des anciens, …).
Claire Girod : « Maintenant que je parle breton, j’ai l’impression d’avoir toute ma vie habité la Bretagne en surface uniquement, et d’y être aujourd’hui réellement présente »
Pouvez-vous vous présenter ?
Je m’appelle Claire, j’ai 26 ans et je suis formatrice de breton à Stumdi. J’adore apprendre des langues étrangères depuis l’époque du collège. Après une licence de russe et un master en Sciences du Langage, j’ai suivi une formation intensive de breton avec Roudour, à Carhaix. Je préfère la pluie au beau temps, je résiste encore et toujours pour ne pas avoir de portable, et mon activité préférée consiste à lire un livre avec une tasse de thé et une bougie.
D’où êtes-vous originaire ?
C’est une grande question. Je suis née à Brest, où j’ai grandi. Ma famille n’est pas bretonne, ce qui m’a amenée à de grandes remises en question identitaires durant la formation à Roudour, lorsque j’entendais tout le monde autour de moi évoquer ses parents et aïeux qui vivaient dans le pays depuis quinze générations – j’exagère mais pas tellement. Des questionnements existentiels qui font écho à la chanson de Tri Yann, La découverte ou l’ignorance :
« Suis-je même Breton ? – Vraiment, je le crois – Mais de pure race – Qu’en sais-je et qu’importe ? »
Ni mon nom, ni mon sang ne sont marqués du sceau « produit en Bretagne ». AU cours de mon apprentissage, j’ai vu que je n’étais pas la seule à me demander pour ces raisons : suis-je vraiment breton·ne ? Je n’ai toujours pas trouvé ce que signifie être breton·ne aujourd’hui, mais ce dont je suis sûre, c’est que je suis d’ici.
Pourquoi avez-vous choisi d’apprendre le breton ?
J’ai fait des études de linguistique à Grenoble. La Bretagne me manquait beaucoup là-bas, je n’arrivais pas à me faire au climat grenoblois, à l’éloignement de la mer ni aux montagnes qui encerclent la ville. C’est à ce moment-là que je suis tombée sur un autre Breton lui aussi « expatrié », qui se trouvait parler la langue. C’est avec lui que j’ai commencé à apprendre, d’abord avec des chansons que je voulais pouvoir chanter sans écorcher les mots. Puis je n’ai plus arrêté.
J’adore apprendre des langues, et ça faisait quelques temps que je me disais que parler breton me plairait. De nombreux·ses stagiaires que j’ai pu rencontrer sont motivé·e·s par des circonstances familiales : pouvoir parler avec des parents ou grands-parents bretonnants, ou avec leurs enfants inscrits à Diwan… ce n’est pas mon cas.
Ma première motivation était purement linguistique. Plus une langue est différente de celle(s) qu’on parle, plus elle est surprenante, fascinante. Quand on parle déjà une langue latine (comme le français ou l’espagnol) ou germanique (comme l’anglais ou l’allemand) par exemple, apprendre une autre langue de la même famille n’est pas si stimulant, je trouve. Or le breton appartient à la famille des langues celtiques, qui n’ont rien à voir avec tout ce qu’on connaît généralement. Je me doutais bien que cette langue me réserverait de nombreuses surprises, et je n’ai pas été déçue !
Ma seconde motivation à apprendre le breton est plus profonde. Des langues dépaysantes, il y en a plein. Alors pourquoi celle-ci et pas une autre ? En fait, j’ai toujours senti que si je parle la langue d’un pays, je peux m’y sentir chez moi. Or un jour, j’ai pris conscience que si je parlais des langues venues de l’autre bout du monde, je ne connaissais pas celle de ma terre natale, « ma » langue. Ça m’a fait un choc. Maintenant que je parle breton, j’ai l’impression d’avoir toute ma vie habité la Bretagne en surface uniquement, et d’y être aujourd’hui réellement présente.
« J’étais époustouflée par la facilité avec laquelle, en l’espace de quelques minutes, le formateur nous avait rendus capables de comprendre des phrases simples en breton sans prononcer un seul mot de français. »
Quelle formation Roudour avez-vous suivie et quels en sont les avantages ?
J’ai suivi une formation intensive de six mois commençant en septembre 2024, complétée par une seconde formation de trois mois d’approfondissement.
Avant d’entamer cette formation, j’avais un peu peur de revivre les cours de langues qu’on a à l’école, avec des supports scolaires barbants de style « Where is Bryan ? Bryan is in the kitchen ». Mais l’approche pédagogique de Roudour n’a rien à voir.
Je me souviens du tout premier cour, lorsqu’à peine arrivés, on nous a plongés dans une séance d’immersion totale. J’étais époustouflée par la facilité avec laquelle, en l’espace de quelques minutes, le formateur nous avait rendus capables de comprendre des phrases simples en breton sans prononcer un seul mot de français.
La pédagogie de Roudour est exceptionnelle. Elle reprend les principes de l’acquisition naturelle des langues par l’immersion, la répétition, l’usage réel de la langue à travers des activités ludiques, des sketchs, du chant. Les formateurs et formatrices font toujours preuve de bienveillance, de patience et de bonne humeur, ces neuf mois d’apprentissage ont été un vrai plaisir pour moi, même s’il y a évidemment eu des périodes plus dures que d’autres. À la fin de la formation, je regrettais que ce soit « déjà » fini.
Je trouve magique le travail que font les organismes de formation en breton. Voilà en un mot le petit miracle qu’ils accomplissent chaque an ; des gens s’inscrivent et viennent en ne connaissant rien ou presque du breton, et six ou neuf mois plus tard ils repartent en exprimant leur gratitude dans la langue… moi-même j’ai pu publier deux articles traitant de linguistique en breton dans le journal du Poc’her, ce que je n’aurais jamais cru possible il y a encore deux ans.
Est-ce que l’apprentissage du breton vous a changé la vie ?
Mon ressenti est qu’apprendre le breton, c’est recevoir un trésor unique, l’héritage millénaire des bretons qui étaient là avant nous et des Celtes avant eux. Une langue est un legs de ceux qui nous ont précédés, transmis génération après génération. Ce legs est aussi précieux que fragile : il suffit d’une génération manquante pour qu’il soit en péril. C’est ce qu’il s’est passé pour le breton.
Parler une langue en danger n’est pas anodin, on se sent riche d’un trésor rare, responsable de participer à le garder en vie pour les suivants. Je suis fière de parler cette langue et d’apporter ma pierre à l’édifice.
Aujourd’hui, le breton est présent dans ma vie de tous les jours. Je le parle avec mon compagnon et avec des ami·e·s. Je travaille exclusivement en breton : je le parle aux stagiaires auxquel·le·s j’enseigne, mais c’est aussi la langue de travail pour mes collègues et moi. Parfois, je croise aussi des inconnus dans la rue, dans le train, au bar ou au restaurant qui parlent la langue. Plein de gens parlent breton, mais on ne s’en rend pas compte car tout le monde a l’habitude de s’interpeler en français.
À présent, je continue d’apprendre par moi-même pour développer mon vocabulaire, ma connaissance des dialectes, mon accent, afin de transmettre à mon tour le plus et le mieux possible à mes stagiaires. On ne finit jamais d’apprendre une langue.
Caroline Lardeau : « J’ai beaucoup apprécié l’apprentissage immersif et vivant dispensé par Roudour : la variété des supports et des activités proposées m’a stupéfiée, on ne s’ennuie pas ! »
Pouvez-vous vous présenter ?
Je m’appelle Caroline, j’ai 46 ans. J’ai été enseignante dans le primaire public pendant 15 ans, en Loire Atlantique. Je suis mariée et j’ai deux enfants de 12 et 15 ans.
D’où êtes-vous originaire ?
Je suis née à Nantes, d’un père berrichon et d’une mère breto-vendéenne. En 2020, mon mari et moi avons décidé de quitter la région nantaise pour nous installer dans le Kreiz Breizh.
Pourquoi avez-vous choisi d’apprendre le breton ?
Ma grand-mère maternelle était originaire de Glomel (22). Ses parents parlaient uniquement le breton. Elle ne parlait pas un mot de français lorsqu’elle est arrivée à l’école, vers l’âge de 6 ans. Je ne l’ai pas connue puisqu’elle est malheureusement décédée avant ma naissance. Tout ce que je sais, c’est qu’elle a effectivement eu affaire au « symbole », à la honte et au mépris à l’école, qu’elle a donc été poussée à changer de langue par la contrainte, et qu’elle n’a ensuite pas transmis la langue bretonne à ses enfants.
Son mari, mon grand-père, était vendéen, et a pourtant appris le breton pour pouvoir converser avec sa belle-mère. Il a même écrit une méthode d’apprentissage du breton à destination des Français, qui a été rééditée à plusieurs reprises. Mon grand-père est resté très concerné par la langue bretonne durant toute sa vie : enfant, je n’ai pas entendu parler breton mais j’ai beaucoup entendu parler du breton.
Lorsque je suis entrée à la fac d’anglais, après mon baccalauréat, j’ai découvert qu’on y proposait des cours de breton. Je m’y suis inscrite. Malheureusement, à raison de 2h de cours par semaine, et sans locuteur·rice en dehors des cours, je n’ai pas réussi à apprendre la langue. Lorsque nous avons déménagé dans le Kreiz Breizh en 2020, j’ai entendu les gens converser en breton. L’envie d’apprendre la langue a refait surface, et lorsque j’ai entendu parler des formations longues et que j’ai réussi à avoir confirmation des aides de la région, je me suis inscrite !
Quelle formation Roudour avez-vous suivie et quels en sont les avantages?
Je voulais vraiment devenir locutrice et je savais, pour l’avoir déjà vécu, que des cours hebdomadaires ne seraient pas suffisants. J’ai donc suivi la formation intensive 9 mois, avec Roudour.
J’ai beaucoup apprécié l’apprentissage immersif et vivant dispensé par Roudour :
- la variété des supports et des activités proposées m’a stupéfiée : on ne s’ennuie pas !
-
les méthodes employées (TPR, mime, théâtre, story-telling…) sont terriblement efficaces pour la mémorisation.
-
la densité des cours a permis une évolution rapide de mon niveau de langue.
Est-ce que l’apprentissage du breton vous a changé la vie ?
Oh que oui !
L’apprentissage du breton m’a permis :
- de renouer avec mes racines, de retisser le lien perdu avec mon pays et avec mon peuple, de contribuer à réparer le trauma, de reconstruire mon identité, de retrouver la langue qui aurait dû être ma langue maternelle.
-
de m’ouvrir l’accès à tout un monde insoupçonné à travers les médias en breton (radio, journaux, magazines, audiovisuel…) et les relations sociales avec les bretonnant.e.s.
-
d’accéder à la culture bretonne : la littérature, la poésie, la musique, l’Histoire, les études (philosophie, linguistique, sociologie, etc.)…
-
de modifier ma façon de penser et mon regard sur le monde et sur moi-même.
-
de trouver du travail en tant qu’enseignante dans le primaire dans une école Diwan.
Et cela a aussi changé la vie de ma famille ! J’ai en effet commencé à parler breton à la maison et en 6 mois, mon fils de 11 ans est devenu bretonnant. Il est maintenant inscrit au collège Diwan. Mon mari, qui a vécu la même rupture de transmission de la langue dans la famille de son père, a commencé à suivre les cours de breton avec Desketa et a décidé de suivre la formation 6 mois l’an prochain ! Ma fille de 15 ans n’a pas suivi le mouvement, mais qui sait si une graine n’a pas été semée ?
jean philippe davodeau : « C’est un bouleversement intime qui mêle des considérations politiques, familiales et amicales »
Pouvez-vous vous présenter ?
Je m’appelle Jean Philippe Davodeau. Je suis papa de deux enfants, je suis un passionné de théâtre (écriture, jeu, mise en scène, pédagogie) j’essaye d’en faire mon métier au quotidien.
D’où êtes-vous originaire ?
Je suis originaire de Morlaix. Je viens de m’y réinstaller après 20 ans passés à Nantes.
Pourquoi avez-vous choisi d’apprendre le breton ?
Parce que j’avais envie de parler cette langue qui rodait autour de moi: la langue non transmise de mes grands parents. Parce qu’une langue c’est un horizon sur d’autres personnes et d’autres histoires. L’histoire sociologique du breton m’est apparue en l’apprenant. C’est un lever de rideau troublant.
Quelle formation Roudour avez-vous suivie et quels en sont les avantages ?
J’ai suivi une formation approfondissement après une formation longue il y a 5 ans. L’avantage c’est de rencontrer d’autres personnes, d’autres sensibilités. J’ai la sensation que ce qu’il nous faut en tant que néo apprenant c’est la possibilité de nous faire de nouveaux ami.e.s. Une fois la formation finie soit on travaille tout de suite en breton soit c’est à nous seuls de nous dépatouiller avec « ça ». Sans ami.e.s ça marche difficilement.
Est-ce que l’apprentissage du breton vous a changé la vie ?
Oui. C’est un bouleversement intime qui mêle des considérations politiques, familiales et amicales. C’est un peu les montagnes russes au quotidien mais je trouve que ça vient remplir une partie de nos identités oubliées. C’est une langue qui contient une lutte.
laurence guennec : « Pas un jour ne passe sans que j’échange en breton. Le breton fait désormais partie intégrante de mon quotidien. »
Pouvez-vous vous présenter?
Je m’appelle Laurence, j’ai 41 ans et suis graphiste indépendante. Parallèlement aux projets personnels que je développe sous forme d’expositions, je travaille en collaboration avec diverses structures à la réalisation d’identités visuelles. J’interviens également auprès des scolaires et du tout public dans le cadre de projets artistiques et d’ateliers créatifs. Je suis également maman d’une petite fille de 5 ans scolarisée en école en bilingue.
D’où êtes vous originaire?
Je suis née à Lorient, où j’ai également grandi. Dans mon entourage, la langue n’était même pas un sujet. Je n’avais jamais entendu parler breton, ni du breton. C’est en arrivant dans le Trégor il y a une quinzaine d’années que j’ai entendu sa musique pour la première fois et que j’ai réellement pris conscience de son existence. Un choc !
Pourquoi avez-vous choisi d’apprendre le breton?
J’ai été amenée via mon travail de graphiste à travailler sur différents supports de communication bilingues. Je mettais en page des mots que je ne comprenais pas. Cela a éveillé ma curiosité. J’ai commencé à suivre des cours du soir. Puis il y a eu la naissance de ma fille. À la crèche j’ai rencontré des mamans qui parlaient breton à leur bébé, je me souviens avoir trouvé ça très beau. J’ai repris les cours du soir lorsque ma fille est rentrée à l’école. C’est également à ce moment que j’ai commencé à réfléchir à la possibilité de proposer des ateliers de médiation en breton. Je voyais peu de propositions d’intervenants bretonnants en arts plastiques. À mon envie personnelle d’apprendre cette langue s’ajoutait un projet professionnel porteur de sens. J’avais entendu parler des formations longues, et surtout, de leur efficacité. Je me suis donc jetée à l’eau.
Quelle formation Roudour avez-vous suivie et quels en sont les avantages?
J’ai suivi la formation Roudour de 9 mois à Lannion. Soit 35 heures par semaine dédiées uniquement à l’apprentissage du breton via des méthodes originales et très efficaces telles que la technique du TPR. Les formateurs, d’une patience et d’une bienveillance infinies, m’ont non seulement enseigné la langue, mais aussi transmis leur passion pour le breton, son histoire et toute la richesse culturelle qui l’accompagne. Moi qui jusqu’ici n’avait jamais vraiment eu d’appétence pour les langues, je suis devenue capable, à l’issue de ces quelques mois, de comprendre et d’échanger en breton.
Est-ce que l’apprentissage du breton vous a changé la vie?
L’apprentissage du breton m’a profondément enrichi. Cela a considérablement élargi mon horizon, et transformé le regard que je porte sur le monde qui m’entoure. C’est un peu comme si j’avais enfilé des lunettes magiques, révélant des détails qui m’étaient jusqu’alors invisibles. Comprendre la signification des noms de lieux-dits par exemple, qui en racontent long sur l’histoire locale. Pouvoir lire des textes, des poèmes et percevoir les subtilités liées à la langue. Prendre part aux conversations de mes amis. Et la joie enfin, de pouvoir échanger avec ma fille en breton et de l’accompagner dans son propre apprentissage,…
Grâce à cette formation, j’ai pu commencer à travailler en breton dès la rentrée suivante. Aujourd’hui, je collabore notamment avec Ti ar Vro Treger-Goueloù en animant des ateliers bilingues en milieu scolaire, et j’ai également rejoint l’équipe du magazine Le Peuple Breton en tant que maquettiste. Pas un jour ne passe sans que j’échange en breton. Le breton fait désormais partie intégrante de mon quotidien. Et je continue d’apprendre un peu plus tous les jours, enrichissant au passage mon vocabulaire, ma culture générale.
Anne-Sophie Brats : « Le plus important, à l’issue de ce type de formation, est de pouvoir devenir des locuteur·rices actif·ves et j’espère que c’est mon cas grâce à la place qu’occupe le breton dans ma vie professionnelle et personnelle. »
Pouvez-vous vous présenter ?
Je m’appelle Anne-Sophie, j’aurai bientôt 43 ans et je vis dans le Morbihan. Avant de me lancer dans l’apprentissage du breton, j’ai travaillé dans le secteur médico-social. Aujourd’hui, je suis salariée au sein d’une association qui regroupe des radios de langue bretonne. Parallèlement, je suis investie bénévolement dans le réseau Diwan, réseau dans lequel mon fils est scolarisé depuis la maternelle.
D’où êtes-vous originaire ?
Je suis originaire de Bretagne. J’ai eu la chance de vivre dans presque tous les départements bretons, en particulier dans le Morbihan et le Finistère.
Pourquoi avez-vous choisi d’apprendre le breton ?
Mon désir d’apprendre le breton est ancien. Au lycée, j’avais choisi cette langue comme LV3 mais le rectorat avait refusé d’ouvrir l’option, faute d’un nombre suffisant d’élèves volontaires. J’ai donc mis ce projet de côté pendant plusieurs années. Il est revenu progressivement et est devenu de plus en plus important à mesure que mon engagement bénévole au sein de Diwan grandissait. Pour moi, apprendre le breton est un acte militant, une démarche essentielle pour assurer un avenir durable à cette langue. Alors n’hésitez plus en franchissant le pas vous aussi !
Quelle formation Roudour avez-vous suivie et quels en sont les avantages ?
J’ai suivi une formation intensive de 9 mois à Hennebont, la commune où je résidais à l’époque. Avant cela, j’avais pris des cours du soir mais ma progression n’était pas suffisamment rapide à mon goût. C’est pourquoi j’ai apprécié l’efficacité de la formation intensive. Toutefois, il est crucial de pratiquer, de lire et de se perfectionner en parallèle mais aussi à l’issue de la formation.
Est-ce que l’apprentissage du breton vous a changé la vie ?
Toute formation entraîne un changement car elle doit permettre une évolution personnelle. Dans mon cas, l’apprentissage du breton a impliqué un choix difficile : quitter un travail que j’aimais. Ce ne fut pas facile mais je ne le regrette pas. Le plus important, à l’issue de ce type de formation, est de pouvoir devenir des locuteur·rices actif·ves et j’espère que c’est mon cas grâce à la place qu’occupe le breton dans ma vie professionnelle et personnelle.
Gildas Héno : « À la fin de l’année, j’ai demandé un peu à la rigolade s’ils avaient du travail pour moi. Ils recherchaient un technicien son ! »
Pouvez-vous vous présenter ?
Je m’appelle Gildas, j’ai 38 ans et j’habite à Kergrist-Moëlou dans les Côtes d’Armor.
D’où êtes-vous originaire ?
Je suis originaire de Saint-Avé à côté de Vannes.
Pourquoi avez-vous choisi d’apprendre le breton ?
Depuis très longtemps je me disais : «Un jour, j’apprendrais le breton. » C’est quand même la langue de mes ancêtres, et la langue du territoire ou je vis. En 2022, je terminais mes 6 ans de surveillance de collège (a l’époque on ne pouvait pas faire plus). J’envisageai une carrière d’enseignant en maths et je me suis dit pourquoi pas en maths ET en breton… C’est avec cet objectif initial que je me suis inscrit à la formation Roudour.
« Depuis très longtemps je me disais : «Un jour, j’apprendrai le breton. » «
Quelle formation Roudour avez-vous suivie et quels en sont les avantages?
J’ai suivi la formation Roudour 9 Mois à Pleyben. Le gros avantage c’est que ce n’est pas une formation scolaire. On est des adultes apprenants, en face d’adultes enseignants, et on se comporte comme tel. On ne reste pas assis toute la journée (au contraire!!) et on fait des ateliers pédagogiques qui nous permettent d’apprendre en s’amusant. La méthode TPR, notamment, est incroyable ! Et puis les enseignants sont top, il faut le dire. Un grand merci à eux !
Est-ce que l’apprentissage du breton vous a changé la vie ?
Inévitablement ! D’un point de vue professionnel : J’ai un parcours atypique avec un BTS audiovisuel qui devait me permettre de devenir technicien son, mais le système de l’intermittence m’a dégoûté du métier… J’ai travaillé dans tout un tas de domaines, j’ai fais tout un tas de formation : CAP électricien, Licence en science de l’éducation notamment… Pendant la formation Roudour j’ai fait un stage à Radio Kreiz Breizh, avec pour objectif de continuer mon apprentissage de la langue, qui s’est très bien passé. À la fin de l’année, j’ai demandé un peu à la rigolade s’ils avaient du travail pour moi. Ils recherchaient un technicien son ! J’ai sauté sur l’occasion et maintenant je travaille dans cette super radio bilingue et je parle en breton tous les jours !
Tiphaine Moreau : « Les conditions étaient optimales pour apprendre, adaptées aux besoins et aux niveaux de chacune et chacun »
Pouvez-vous vous présenter ?
Je m’appelle Tiphaine et je suis enseignante d’histoire-géographie dans le secondaire. Je suis maman de deux petits garçons dont le plus âgé est scolarisé à l’école diwan Après avoir beaucoup voyagé pour mes études et achevé un doctorat, je me suis installée à Quimper durablement.
D’où êtes-vous originaire ?
Je suis née au Liban, j’ai vécu toute mon enfance, mon adolescence et une large partie de ma vie étudiante en Bretagne, à commencer par Brest, en passant par Landerneau, Orgères, Bannalec et Quimper. J’y ai grandi sans entendre le breton. C’était une langue inconnue de mes deux parents, bien que ma mère soit originaire de Landévennec.
Pourquoi avez-vous choisi d’apprendre le breton ?
J’ai choisi d’apprendre le breton pour des raisons professionnelles et personnelles. Enseignant depuis plusieurs années en Bretagne, j’avais l’occasion de conduire des projets culturels avec mes classes et je sentais qu’il manquait un véritable approfondissement de la culture locale, qui est très riche. L’approche par la langue m’a paru indispensable afin de contourner l’écueil d’un enseignement superficiel. Avec le temps, ce besoin est devenu plus important et j’ai même envisagé d’enseigner ma matière en classe bilingue. Ce sont toutefois des raisons plus personnelles qui m’ont décidée à apprendre cette langue à l’âge adulte, J’avais le désir de parler le breton pour communiquer avec mon entourage et m’insérer dans un environnement que je voulais être pleinement le mien. Et puis un jour, au détour d’une conversation, mon fils de quatre ans m’a dit : « une langue qui disparaît, c’est un chant d’oiseau qui s’éteint ». Cela m’a touchée, car le monde dans lequel je souhaite vivre est plus proche de la polyphonie que de la monodie. J’ai donc décidé d’apprendre le breton en conscience et avec engagement.
« Étant enseignante moi-même, j’ai pu admirer la conception progressive des apprentissages, s’appuyant sur des mÉthodes vivantes, ÉprouvÉes et efficaces »
Quelle formation Roudour avez-vous suivie et quels en sont les avantages ?
J’ai eu la chance d’obtenir de multiples financements, de l’éducation nationale, du département et de la région, ce qui m’a permis de suivre neuf mois de formation à Quimper. Les conditions étaient optimales pour apprendre, adaptées aux besoins et aux niveaux de chacune et chacun. Étant enseignante moi-même, j’ai pu admirer la conception progressive des apprentissages, s’appuyant sur des méthodes vivantes, éprouvées et efficaces. Je peux affirmer que j’ai eu le sentiment d’apprendre sans effort, de manière à la fois ludique et sérieuse. Avec Roudour, nous sommes loin d’un apprentissage scolaire ou du bachotage, on apprend en faisant, en jouant, en créant. Les activités sont rythmées et variées. Les apprentissages s’appuient sur une plateforme numérique bien élaborée qui permet de s’entraîner à distance, ce qui est fort agréable lorsqu’on a une vie de famille. Les travaux écrits et oraux alternent quotidiennement afin d’offrir une formation complète et d’ouvrir sur des compétences professionnelles variées. Par ailleurs les formateurs sont d’une bienveillance remarquable, ce qui m’a aussi permis d’apprendre dans des conditions très agréables.
Est-ce que l’apprentissage du breton vous a changé la vie ?
Sans hésiter, la réponse est OUI. D’abord, d’un point de vue professionnel évidemment. Au bout des six mois de formation je validais déjà le niveau B2 au DCL. Trois mois plus tard, j’ai obtenu le niveau C1 tant convoité. Quelques jours après les résultats, l’inspecteur de breton de la région Bretagne m’appelait pour me proposer d’enseigner en classe bilingue car les besoins d’enseignants y sont forts. Par ailleurs j’ai réalisé l’un de mes stages à radio Kerne pendant la formation. Ce stage s’est tellement bien déroulé que j’y suis restée pour enregistrer de courtes chroniques d’histoire, maintenant diffusées le vendredi matin toutes les deux semaines. Je vais même rejoindre le Conseil d’Administration de la radio. Le breton m’a donc aussi permis de découvrir le milieu de la radio qui est passionnant ! Dans ma vie personnelle, je peux enfin causer breton avec mon fils, mes amis, mes voisins, avec les autres stagiaires avec qui nous avons gardé des liens forts et avec tous les locuteurs de la langue bretonne que je croise au hasard de mes promenades. D’une manière générale, je peux dire que je suis fière de parler breton, en plus d’habiter la Bretagne, parce que la langue y fait aussi société.

